Le Bon, La Brute et Charles Oakley
Le Bon, La Brute et Charles Oakley

Elégant dans les coulisses, méchant sur les parquets. Voilà un résumé pour le moins rapide de la carrière de Charles Oakley. Il est en notre devoir de s’attarder sur le cas d’Oak’. Oak ou le redresseur de torts qui aura marqué les années 1990 de par ses coups de gueule légendaires. Un baroudeur de génie qui sévira tout au long de sa carrière sur la côte Est des Etats-Unis principalement, de Chicago à Toronto, en passant par New-York, fief de ses plus beaux exploits. Retour dans le passé …
Des carrières comme celle de Charles Oakley, on n’en fait plus. Une carrière comme la sienne, on se la raconte, entre aficionados NBA ou autres fans des combats épiques qui ont marqué la fin du 20eme siècle basketballistique. S’il n’avait jamais mis les pieds sur un parquet de Basket, Charles aurait sûrement terminé baroudeur mondain, voire homme d’affaire aux combines un peu louches, truand dans l’âme. Si Oakley n’avait pas été basketteur, la NBA aurait perdu gros, un joueur à part, dans la lignée des mythes que sont Charles Barkley ou Anthony Mason. Car si Charles Oakley n’était pas le plus imposant des basketteurs, il n’en demeure pas moins un type à part et attachant. Ses coéquipiers peuvent d’ailleurs en témoigner. Il n’était pas rare de voir le joueur entrer ou sortir des vestiaires vêtu d’un costume vert pomme assorti d’une écharpe orange sanguine. Car Oakley et les vêtements c’est une grande histoire d’amour, qui dure depuis son adolescence. Il fut le dandy de la NBA, l’homme auquel beaucoup voulaient ressembler. Car s’il n’avait pas toutes les qualités, surtout d’un point de vue social, vis-à-vis de ses adversaires, Oak avait la prestance et l’aura des plus grands. Il suffisait de l’apercevoir pour se rendre compte de ce que dégageait le bonhomme. Il parlait peu de surcroît, laissant planer autour de lui une onde de mystère, il était l’homme qu’on écoutait religieusement. Il était le conseiller, le sage que les jeunes basketteurs venaient consulter afin de parfaire leur tempérament dans un monde NBA pas toujours rose. Pourtant, Oakley n’était pas le plus plaisant et aimable des hommes. Ses propos positifs concernant ses collègues se comptent sur les doigts de la main, il est avant tout un redresseur de torts à la critique facile et dévastatrice. Ses débordements verbaux sont légion : Il n’y a pas si longtemps que ça, il affirmait que certains jeunes basketteurs en fin de contrat traînaient sur plusieurs semaines des blessures plus ou moins diplomatiques afin de se préserver pour l’intersaison et la signature de contrats juteux. Aucun nom ne sera dévoilé mais nul doute que certains de ses confrères se sont sentis visés. Oak’ s’est emparé du noble titre de « Grande gueule en chef NBA » après le retrait des parquets de Charles Barkley, il fut alors le patriarche de la ligue, celui qui sort la règle pour punir les intrépides lorsque les jeunes stars en font trop ou pas assez, celui qui sort à intervalles réguliers des tirades sur le bon fonctionnement du basket, le vrai, celui qui se pratiquait de son temps, lors de ses premières escales sur les parquets pros américains. C’était en 1985, dans le mythique Chicago Stadium, témoin de la naissance d’un vétéran trop sous estimé.

Retour dans les années 1980 donc, l’époque dorée des shorts moulants, des moustaches à la Larry Bird et des coupes de cheveux à la Kurt Rambis. Charles Oakley est sélectionné en neuvième position par Cleveland, sa ville natale, mais est échangé illico presto aux Bulls de Chicago en échange d’Ennis Whattley, meneur honnête mais limité. L’un marquera la ligue plus que l’autre. Oakley devient très vite un des favoris du public avec ses nombreuses chevauchées tête la première dans les gradins à la recherche d’un sauvetage inespéré, chevauchées se terminant la plupart du temps sur les genoux des spectateurs du premier rang. De Chicago, on ne retient qu’une chose, une très forte amitié le liant à une star naissante, Michael Jordan. Sportivement le jeune Oakley était combatif, un modèle de travail sur et en dehors du terrain, jugez plutôt : 12,2pts & 11,2rbds. Un intérieur sobre dans son jeu, avec peu de déchets apparents, le bonheur d’un coach en somme. De ce fait, on ne peut se séparer d’un tel joueur sans avoir le moindre regret. Et pourtant, le 27 Juin 1988, Oak’ est expédié chez l’ennemi juré de la conférence Est, les New-York Knicks. Le départ est très mal vécu par les fans mais également par les joueurs, tout s’agite dans les vestiaires, on veut Oakley et on le réclame. Reste que la logique sportive à pris le dessus, on ne fait pas dans l’humanitaire en NBA, business is business, Chicago veut passer à l’échelon supérieur et s’en donne les moyens. Bill Cartwright était le pivot de trop chez les Knicks, les Bulls eux n’en avaient pas, on troque donc son uniforme et la vie suit son cours.
Nouvelle étape, et pas la moindre. Charles, alors perçu comme indésirable par les supporters des suites de ses antécédents sportifs, doit prouver sa valeur au public NBA le plus difficile, la transition Bulls/Knicks se doit d’être dure, un vrai test pour un homme qui saura relever le défi. Oak’ vivra 10 ans à Manhattan. Une éternité, très vite il devient le «Oak Man», l’homme chêne. En peu de temps il se forge la réputation de col bleu limité offensivement mais toujours près à jouer des coudes dans la raquette. Il sera le poumon de l’équipe sur près d’une décennie, la conscience d’une formation vicieuse et crainte par les meilleurs. C’est durant cette période que le vrai Charles naît, il parle peu mais à bon escient et rêve de décapiter les Bulls d’un certain Michael Jordan. De cette obsession naîtra l’une des plus grandes rivalités des années 1990, Chicago contre New York, le choc des titans. 1993 ou l’année de sa bataille la plus mémorable. Nous sommes en finales de conférences Est, les Knicks, qui sortent d’une saison magnifique ponctuée d’un bilan de 60/22, ont alors 2 matchs d’avance sur l’escouade de Jordan, une aubaine, un miracle. Qui peut se targuer d’avoir déjà mené une série de playoffs 2/0 contre les Bulls de MJ version Three-Peat ? Oakley en est l’un des principaux responsables de cette révolution dans le monde de la NBA. Bien sur Pat Ewing reste le leader, la colonne vertébrale de l’équipe et Starks l’energizer. Mais Oak’ est l’investigateur de cette révolte. Menant l’équipe avec une hargne hors du commun, défiant les intérieurs adverses dans des duels plus que musclés, il voit la finale NBA se dessiné à l’horizon. C’était oublier qui était His Airness. L’ouragan Bulls raflera les 4 matchs suivants sans laisser la moindre miette aux Knicks, les laissant dans une déconfiture monstre. Le titre était si proche.
Très vite, il redevient le combattant ultime, aux cotés de ses comparses Anthony Mason et Patrick Ewing, il prendra d’assaut toutes les raquettes NBA avec une hargne et une volonté hors du commun. Populaire auprès des fans du Madison Square Garden, il restera cependant dans l’ombre de joueurs plus glamour que lui. Dans l’ombre de Patrick Ewing, de Pat Riley, mais également du chouchou ultime, John Starks. En 1994 Michael Jordan essaye de faire du base-ball, Oakley jouera les finales, les perdra sans avoir rien à se reprocher, à l’inverse … d’Ewing & Starks. L’apogée de sa carrière aux Knicks est marquée par cette finale, perdue en 7 matchs, face à des Rockets accrocheurs et soudés autour de leur leader, Hakeem Olajuwon. La suite des affaires new-yorkaises s’avèrera plus pâle, Michael Jordan oblige, les Knicks redeviennent les victimes du numéro 23 et les éliminations en playoffs se multiplient. Lassés, les dirigeants entament donc une petite reconstruction, exit John Starks et Oakley. Le public du MSG en prend pour son grade. Oak’ en carrière aux Knicks c’est : 10.5pts 10 rebonds par match. Une page se tourne.

1998. Nouveau départ pour le grognard des parquets. Oak’ est désormais un vieux routier du circuit, le compteur affiche 35 ans pour l’homme et 13 ans de combats sur le circuit professionnel. Durant l’intersaison il est transféré, direction le nord. Charles fait ses valises pour le Canada, pour Toronto plus précisément, Marcus Camby déménage lui à Manhattan. C’est peu dire que Oak’ a du mal à se faire à la vie mode canadienne. Américain pur souche, il ne pouvait imaginer d’autres frontières que celle de sa ville natale Cleveland, ainsi que de sa ville d’adoption, New-York, et tous les clubs qui lui sont rattachés. Adieu la vie folklore dans la mégalopole new-yorkaise, adieu le Madison Square Garden et son public de connaisseur. Charles se voit confier une nouvelle mission : être le gardien d’une raquette tout fraîche, la franchise de Toronto n’ayant que 3 ans, il sera accompagné dans ses services par le préretraité Kevin Willis, venu lui aussi faire escale à Toronto. Oakley a souvent murmuré qu’il ne pourrait jamais s’adapter à ce nouvel environnement, qu’il partirait à la moindre offre. La vie Canadienne n’est pas pour lui et il essaye de s’en convaincre. Au lieu de ça il se force et impose sa présence, 2m06 pour 111Kg, incontournable dans la raquette des Raptors. Sa contribution pour le club sera tout d’abord statistique avec en moyenne 7.8pts et 7.9rbds par match en sus d’une belle adresse aux lancers francs. Mais sa contribution ne s’arrête pas là, elle sera surtout morale. Car le bon vieux Oak n’a pas oublié d’emmener dans son attirail son manuel de père fouettard. Lorsque la star locale Vince Carter fait la belle sur ses spots publicitaires Nike et joue le rôle du parfait timide lors des playoffs 2000/2001, Oak frappe et blesse Carter dans son orgueil. Il se met en colère et attaque à coup de médias interposés en lui ordonnant de jouer son rôle de leader à fond et de se concentrer sur le basket. La suite, vous la connaissez tous, Carter fabuleux dans la série contre les Knicks, l’ancienne équipe d’Oakley est éliminée au 1er tour, il ne manquera d’ailleurs jamais une occasion pour chambrer ses anciens coéquipiers new-yorkais.
Oakley s’est il assagi avec le temps ? Evidemment non, l’âge faisant son effet, le grognard tire sur tout ce qui bouge. Il déclarera par ailleurs au New York Post que 60% des joueurs NBA sont des consommateurs réguliers de Marijuana et que certains n’hésitent pas à fumer dans les vestiaires avant les matchs. Très mauvaise pub pour la ligue. Il est comme ça Charles, un brin roublard, franc et vicieux. La suite de sa carrière sera anecdotique. Traînant de nouveau sa carcasse à Chicago, dans un retour aux sources raté. Puis à Washington et Houston ou il jouera le rôle de mentor, ne jouant que 49 matchs lors de ses 2 dernières saisons.
Sapé comme un dieu de la mode en toute occasion. Il restera le dandy de la NBA. Le concepteur de la plupart de ses vêtements, le dirigeant d’une société de nouveaux talents musicaux, le manager de camps d’été multiples, le mentor et le découvreur de Ben Wallace. Il est le symbole d’un basket aujourd’hui en perte de vitesse, le basket col bleu. Il n’aura malheureusement jamais glané la moindre bague de champion NBA, comme bien d’autres d’ailleurs. Peu loquace depuis la fin de sa carrière, il n’est pas enclin comme beaucoup de ses confrères de se lancer dans le coaching. Le vieux Oak’ continue paisiblement sa vie de Lord des clubs New-yorkais, il ne fait plus parler de lui. Il a désormais assez de dollars sur son compte en banque pour pouvoir se concentrer sur la mode, sa seconde passion. Good Luck Charles.
Auteur: Makaveli
Affiche: A2’s

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